Kumano Kodo

Quand on pense au Japon, on imagine souvent Tokyo, Kyoto ou Osaka. Pourtant, il existe encore des régions profondément préservées, où l’on peut marcher pendant des heures au milieu des montagnes sans croiser grand monde. La péninsule de Kii, dans la préfecture de Wakayama, fait partie de ces endroits.

C’est ici que se trouve le célèbre pèlerinage du Kumano Kodo, un réseau de chemins sacrés classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pendant cinq jours, nous avons suivi une partie de cette route mythique entre sanctuaires shinto, villages thermaux, forêts brumeuses et petits ports de pêche.

L’aventure commence à Kii-Tanabe, accessible en environ deux heures de train depuis Shin-Osaka Station.

Kii-Tanabe, entre histoire et spiritualité

Avant même de commencer à marcher, la petite ville de Tanabe mérite qu’on s’y attarde une journée. Elle possède une atmosphère très paisible, entre bord de mer, vieux sanctuaires et traces de l’histoire médiévale japonaise.

La ville est profondément liée à la figure de Musashibō Benkei, le célèbre moine-guerrier connu pour sa force légendaire et sa fidélité à Minamoto no Yoshitsune. Plusieurs statues et monuments rappellent son lien avec la région.

Mais Tanabe est aussi le berceau de l’aïkido. Le fondateur de cet art martial, Morihei Ueshiba, y est né en 1883. Le Musée Mémorial Ueshiba Morihei, installé dans le Budokan municipal, permet de découvrir gratuitement son histoire à travers des objets personnels, des vidéos et même une expérience interactive où l’on peut reproduire certains mouvements d’aïkido face à un écran.

Juste à côté, la plage d’Ogigahama offre une jolie promenade face à la mer, particulièrement agréable en fin de journée.

Le Tokei Jinja et les légendes du Kumano Kodo

Le lieu le plus marquant de Tanabe reste sans doute le Tokei Jinja, un sanctuaire shinto inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Son nom signifie littéralement « sanctuaire du combat de coqs ». Selon une ancienne légende datant de la guerre de Genpei, un combat rituel aurait été organisé ici pour déterminer quel clan soutiendrait la marine de Kumano : les Minamoto ou les Taira. Les coqs blancs des Minamoto remportèrent le duel, influençant ainsi le cours de l’histoire japonaise.

Le sanctuaire possède une atmosphère très particulière. On y trouve de magnifiques omikuji, notamment à l’effigie du célèbre corbeau à trois pattes Yatagarasu, créature mythique censée avoir guidé l’empereur Jinmu à travers les montagnes sacrées de Kumano.

À l’intérieur de l’enceinte se cache également le petit Togan Jinja, dédié à Ando Naotsugu, seigneur local qui encouragea la culture de l’ume (prune japonaise) dans la région. C’est grâce à lui que Tanabe est aujourd’hui célèbre dans tout le Japon pour ses prunes, utilisées notamment dans la fabrication de l’umeshu.

Et justement, impossible de quitter la ville sans goûter cet alcool local. Nous avons particulièrement aimé Ume Ko, un petit bar spécialisé où l’on peut comparer différentes variétés d’umeshu produites dans la région.

Premier jour de marche : de Takahara à Chikatsuyu

Le vrai départ du Kumano Kodo commence le lendemain matin. Après avoir envoyé nos bagages vers l’étape suivante et acheté un bento pour le déjeuner, nous prenons un taxi jusqu’au petit village de Takahara.

Si l’on arrive suffisamment tôt, il est parfois possible d’observer la fameuse « mer de nuages », une brume flottant au-dessus de la vallée au lever du soleil. L’endroit est magique.

Avant de partir, nous faisons un arrêt au Takahara Kumano Shrine. Puis le sentier commence immédiatement à grimper.

Cette première journée est clairement la plus physique du voyage. Le dénivelé est important, mais très vite la forêt nous enveloppe complètement. Les cèdres géants, les petits sanctuaires perdus dans la montagne et le silence rendent la marche presque méditative.

Tout au long du chemin, nous collectionnons les tampons de pèlerinage dans différents oji, ces petits sanctuaires secondaires du Kumano Kodo : Daimon-oji, Jujo-oji, Osakamoto-oji ou encore Gyuba-doji.

Vers Jujo-oji, un petit belvédère constitue un endroit parfait pour manger son bento au soleil avant de reprendre la route.

En fin d’après-midi, nous arrivons finalement à Chikatsuyu, un village extrêmement calme où tout semble ralentir après 18h.

Pour dîner, mieux vaut ne pas trop tarder. Le plus sûr reste Tororoya, un restaurant de teishoku qui propose même du cerf. Sinon, le petit supermarché A Coop peut facilement sauver la soirée.

Vers Hongu Taisha et Yunomine Onsen

Le troisième jour commence très tôt. Un seul bus passe généralement le matin pour rejoindre Hosshinmon-oji, point de départ de la randonnée du jour. Mieux vaut vérifier les horaires la veille.

Cette étape est beaucoup plus douce que la précédente. Les chemins sont moins abrupts et l’on traverse de nombreux petits sanctuaires cachés dans la forêt. En prenant notre temps, nous atteignons Kumano Hongu Taisha en fin de matinée.

L’arrivée est impressionnante. Après plusieurs jours passés dans les montagnes, découvrir enfin l’un des trois grands sanctuaires sacrés du Kumano Kodo procure une sensation particulière.

Nous prenons le temps de visiter le sanctuaire, d’acheter quelques omamori (amulettes) au symbole du Yatagarasu, puis nous descendons vers Oyunohara Torii, le plus grand torii du Japon.

Pour les plus motivés, la journée peut se prolonger avec une dernière montée vers Yunomine Onsen via le sentier de Dainichigoe. Le début est raide et les pavés humides demandent un peu d’attention, mais l’arrivée dans le village thermal vaut largement l’effort.

Une option à considérer, c’est le bus qui peut nous déposer directement à Yunomine Onsen.

L’odeur du soufre, la vapeur qui s’échappe des sources chaudes et les petites auberges traditionnelles donnent immédiatement envie de ralentir le rythme.

Dernière étape : Nachi et Kii-Katsuura

Le lendemain, nous prenons le bus jusqu’à Kumano Hayatama Taisha, deuxième grand sanctuaire du Kumano Sanzan.

Le lieu est associé à l’enmusubi, la divinité des relations humaines et amoureuses. On y trouve des omikuji (bonnes fortunes) gigantesques, des porte-bonheurs originaux et une ambiance très différente des autres sanctuaires du voyage.

Après un rapide passage à Kicchin Mama pour acheter un bento, nous prenons le train local jusqu’à Nachi Station.

Puis vient sans doute l’image la plus iconique du Kumano Kodo : la pagode rouge de Seiganto-ji face à la gigantesque cascade de Nachi no Taki.

Après avoir gravi les escaliers jusqu’à Kumano Nachi Taisha, on comprend pourquoi cet endroit est considéré comme l’un des plus beaux sites spirituels du Japon.

La journée se termine enfin à Kii-Katsuura, célèbre pour son thon. Après plusieurs jours de randonnée, déguster un excellent maguro-don face au port est probablement la meilleure manière de conclure ce voyage.

Kii-Katsuura, le petit village portuaire

Après plusieurs jours de marche sur le Kumano Kodo, l’arrivée à Kii-Katsuura offre un changement d’ambiance assez rafraîchissant. Ici, la montagne laisse place à la mer, aux ports de pêche et surtout… au thon.

La ville vit très tôt le matin. Pour vraiment découvrir son atmosphère, nous recommandons de commencer la journée dès 7h avec la célèbre criée au thon du port de Katsuura.

Pendant environ 30 minutes à une heure, on peut observer les pêcheurs débarquer leurs prises, aligner les énormes thons sur le sol du marché puis assister aux enchères. Même sans comprendre ce qui se dit, l’ambiance est fascinante : les gestes sont rapides, précis, presque chorégraphiés. Voir ces immenses poissons fraîchement sortis de l’eau donne aussi une autre dimension aux repas dégustés ensuite dans la ville.

Après la criée, nous avons pris le temps de nous promener tranquillement dans Kii-Katsuura. La ville est assez petite et se découvre facilement à pied en moins d’une heure. La balade permet de longer les petits canaux, passer devant les bateaux de pêche et rejoindre la baie, où l’on profite d’une jolie vue sur la côte et les collines environnantes.

L’ambiance y est très différente des grandes villes japonaises : plus calme, plus locale, presque hors du temps.

Pour le déjeuner, le meilleur endroit reste sans hésiter le marché du port de Katsuura. Plusieurs petits restaurants et stands y proposent des spécialités de thon sous toutes les formes : sashimi, maguro-don, thon grillé ou encore morceaux plus rares difficiles à trouver ailleurs au Japon.

L’endroit est particulièrement agréable car de grandes tables communes permettent de manger ensemble même si chacun choisit un restaurant différent. Quand la météo est bonne, la terrasse extérieure face au port rend le moment encore plus agréable. Après plusieurs jours de randonnée, c’est une pause parfaite avant de reprendre le train ou poursuivre le voyage dans la région.