
Nos expériences à vivre
Se fondre, c’est faire ce que font les gens d’ici un mardi ordinaire. Un match de baseball au stade Jingu, où chaque équipe a son chant et où l’on finit par chanter du mauvais côté — ou, en janvier, en mai et en septembre, un tournoi de sumo à Ryōgoku. Le bain de quartier à dix-huit heures : seau en plastique, eau trop chaude, habitués qui ont leur place. Une fête d’été où l’on avance au pas de la foule, entre un stand de takoyaki et un autre de poissons rouges. Puis une ruelle d’avant-guerre où certains rideaux seront baissés le jour de votre passage. Personne ne vous attend — c’est précisément ce qui permet d’y entrer.
Certains voyages se souviennent moins des lieux que des gens qu’on y a croisés. Une heure avec une geiko à Kanazawa — la version simple, sans protocole : elle danse pour dix personnes, puis s’assoit, lance un jeu de saké et répond aux questions. Une coupe et un rasage chez un coiffeur de quartier, serviette chaude sur le visage, conversation tenue en trois mots. Dans la péninsule de Shima, les ama font griller devant vous ce qu’elles viennent de remonter, dans une cabane noircie par le sel. À Sanjō, un forgeron passe une lame sur la meule et le son change au contact ; il parle peu l’anglais et n’en a pas besoin.
Ici, on ne regarde pas : on fait, et l’on repart avec un objet que l’on a un peu raté. Une paire de baguettes en urushi que l’on ponce soi-même jusqu’à ce que les couches de laque remontent une à une, chacune d’une couleur. Un après-midi les mains dans la cuve d’un teinturier à l’indigo, à attendre que le tissu passe du vert trouble au bleu profond. Une feuille de papier washi levée soi-même, dans un village où le geste se transmet depuis des générations. À Tsubame, un gobelet de cuivre, un marteau, une enclume : les dix premiers coups sont timides, les trente suivants meilleurs, et ce sont les défauts que l’on montrera du doigt en rentrant.
Goûter tient autant à la table qu’à ce qui la précède. Un comptoir de sushi où le chef sert huit personnes à la fois et pose chaque pièce devant vous dans l’ordre qu’il a choisi. Une brasserie de saké dans un bâtiment de bois debout depuis 1767, dont on garde l’odeur froide de cèdre bien plus longtemps que le vocabulaire. Le marché du matin le long de la rivière, à Takayama, où l’on achète ce qui est prêt ce jour-là. Le soir, trois comptoirs de six places dans une même ruelle, un verre à chacun, aucune carte en anglais : on montre du doigt ce que mange le voisin, et l’on se trompe parfois.
Le pays se lit mieux à cette vitesse. Le chemin de la Philosophie à Kyoto, deux kilomètres le long d’un canal bordé de cerisiers, à faire vers sept heures quand il n’y a encore que des chats. Huit kilomètres entre Magome et Tsumago, dans la vallée du Kiso, avec des cloches de fonte le long du sentier que l’on fait sonner pour prévenir les ours — on n’en voit jamais, on sonne quand même. Les bagages partent le matin par transporteur et attendent le soir à l’auberge : on marche avec de l’eau et une veste. Et la journée se termine souvent dans un bain extérieur, parce que ces vallées sont aussi des pays de sources chaudes.
Le bain vient après la marche, pas à la place. Une séance de zazen dans un temple, quarante minutes assis face au mur, à écouter le bois du couloir travailler. À Onogawa, l’eau sort de terre à près de quatre-vingts degrés et se tempère avant les bassins ; chargée de silice, la vallée l’appelle son eau de beauté depuis douze siècles. On y reste peu, on rince à l’eau claire, on ressort les jambes molles. Dehors, le bain de pieds public est libre d’accès et souvent déjà occupé par quelqu’un qui vous fera de la place.
Notre sélection
Aller plus loin
Aucune de ces expériences ne se vend seule. Elles se glissent dans une journée, entre un train et un dîner, là où elles ont du sens — et une demi-journée d’atelier vaut parfois mieux qu’une ville de plus. C’est en dessinant l’itinéraire que l’on décide lesquelles, et à quel moment.
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