
Une adresse choisie pour vous
Tatami, futon, deux repas servis en chambre
Le ryokan est une auberge où la nuit est la destination. On arrive avant dix-sept heures, on passe le yukata, on va au bain avant le dîner parce que c’est dans cet ordre que cela fonctionne. La chambre est un tatami vide au moment du thé, et un futon quand vous revenez de table. Le dîner suit la saison — dix à douze services, dont deux que vous ne saurez pas nommer — et se prend à l’heure convenue à l’arrivée. Les maisons anciennes ont des couloirs qui craquent, des marches inégales et parfois aucun ascenseur ; les murs ont foncé avec le temps. Nous retenons la chambre, confirmons le repas, et signalons ce qui se partage.
Chez l’habitant, souvent une famille, souvent cinq chambres
Le minshuku, c’est une maison de famille qui reçoit quatre à huit chambres. On enlève ses chaussures dans l’entrée, on est présenté à la maîtresse de maison, et le dîner est servi à dix-huit heures parce que c’est l’heure à laquelle on mange ici. Les sanitaires sont parfois partagés, les cloisons sont fines, et vous entendrez la télévision de la pièce d’à côté. En échange : les légumes de montagne mis de côté à l’automne, le riz de la parcelle derrière, et une conversation menée en trois mots et beaucoup de gestes. À Tsumago, dans la vallée du Kiso, le patron vient souvent vous conduire au départ du sentier le lendemain matin.
Dormir dans un temple. Réveil à 6h pour l’office, si vous voulez
Dormir dans un temple, c’est entrer dans le rythme de la maison plutôt que d’y installer le sien. À Koyasan, le dîner est le shōjin ryōri des moines — pas de viande, pas de poisson, du tofu de sésame et des légumes de montagne — servi tôt, sur un plateau laqué, dans votre chambre. Le réveil précède l’aube pour l’office du matin : encens froid, sutras récités, planchers qui craquent sous les chaussettes. Les cloisons sont de papier et l’hiver se sent à travers les murs — c’est le prix d’une nuit dans un monastère en activité, et non un défaut de confort. Sur les Dewa Sanzan, la nuit se passe chez un yamabushi, et le silence de la forêt de cèdres commence à la porte.
Une ancienne banque de Nagasaki. Une maison à l’intérieur d’une œuvre d’art
Parfois la maison entière est à vous. Une ferme de Noto restaurée, quatre pièces, un foyer ouvert et personne d’autre : le riz et le café sont dans le placard, et le poissonnier passe le matin. Ailleurs, une chambre de ryokan avec son propre bain sur la terrasse, alimenté en continu par la source — on y entre à deux heures du matin parce que rien n’empêche de le faire. Il n’y a pas de réception, pas de service en chambre, et le ménage se fait avant votre arrivée puis plus du tout. Nous laissons les clés, le nom d’une table à dix minutes, et le numéro que l’on appelle si l’eau chaude fait des siennes.
Le bâtiment fait partie de la collection
Des maisons de dix à vingt chambres, tenues par des gens qui ont eu une idée et s’y sont tenus. Une machiya de Kyoto refaite par un architecte qui a gardé les poutres noircies et posé une baignoire de hinoki dans l’ancienne réserve. Une ancienne banque de Nagasaki devenue quatorze chambres, le coffre toujours au mur du bar. Sur Naoshima, une maison où l’on dort dans une œuvre et où l’on éteint la lumière avec précaution. Ce sont des lieux avec un point de vue : les couloirs sont parfois étroits, les ascenseurs souvent absents, et le petit-déjeuner se prend à une seule table.
Bien situés, bien tenus, sans surprise
Il y a des nuits dont le seul travail est d’être efficaces : la veille d’un shinkansen de sept heures, le soir d’un vol qui atterrit tard, le troisième jour de marche. L’hôtel, alors, est un outil que l’on choisit avec la même attention que le reste — huit minutes à pied de la gare et pas quinze, un ascenseur, une baignoire, une fenêtre qui ne donne pas sur la voie ferrée. Beaucoup de ces maisons japonaises ont un grand bain au dernier étage, ouvert jusqu’à minuit, ce qui vaut mieux qu’une douche après une journée de train. Chambres nettes, sans caractère particulier, et c’est très bien ainsi : le caractère est ailleurs dans le voyage.
Deux heures de plus. Beaucoup moins de monde
Certaines maisons se paient en temps de route. Une auberge au bout d’une vallée où le car monte trois fois par jour et pas après dix-sept heures. Un hameau d’eau chaude à huit cent cinquante mètres, sur son unique route, où l’on se baigne depuis sept siècles. Une île de la mer intérieure sans supérette, où le dîner est celui de la maison ou rien. Le réseau y est intermittent, le distributeur est à la ville d’en bas, et le dernier ferry est à seize heures — nous vous le disons avant, pas sur place. C’est le prix d’un endroit où l’on n’entend, la nuit, que le torrent.
Notre sélection
Aller plus loin
Aucune de ces maisons ne se réserve seule, et aucune n’est un décor : la nuit fait partie de la journée qui la précède. C’est en dessinant l’itinéraire que l’on décide où vous dormez, et dans quel ordre — une nuit en temple après une longue marche, un hôtel simple la veille d’un train tôt. Nous alternons volontairement les familles, parce que sept nuits de tatami de suite finissent par se ressembler.
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