La grande lanterne de pierre du quai de Tomonoura en fin de journée, le port et ses barques amarrées derrière

Étapes et détoursMers & Rivages

Tomonoura

Un vieux port au bout de la baie, trois jours au ralenti

3 jours — 2 nuits

Fukuyama — Tomonoura

Où se déroule l’étape — Chūgoku
  • Le jōyatō du quai. Une lanterne de pierre de cinq mètres cinquante, plus de dix avec son socle de maçonnerie, phare du port depuis 1859. On finit chaque journée dessous sans l’avoir décidé.
  • Un port qui pêche encore. Filets étalés contre les murs, glace déchargée au petit matin, barques amarrées à trois mètres des portes d’entrée.
  • Les ruelles du vieux centre. Trop étroites pour deux voitures, bordées de maisons de marchands et de façades de bois noircies, à parcourir sans plan.
  • Le hōmeishu. La liqueur des marins, seize ingrédients dont treize plantes, mise au point ici en 1659. Quatre maisons la font encore ; on la goûte debout dans la boutique, en petit verre.
  • La véranda du Taichōrō. Au temple Fukuzen-ji, une salle ouverte d’un seul tenant sur la baie et ses îles. Un envoyé coréen y écrivit en 1711 qu’il n’avait rien vu de plus beau à l’est.
  • L’Abuto Kannon. Une salle vermillonne bâtie vers 1570 sur une falaise de quinze mètres, vingt minutes au sud. On y priait pour la mer et pour les naissances.
  • Deux nuits au même endroit. On défait sa valise, on rentre dîner, on ressort après le bain. C’est tout le programme.

Itinéraire

Jour 1 — Arriver, puis ne plus bouger

On rejoint Tomonoura par Fukuyama, sur la ligne du Sanyō. Sur la place de la gare, le car marqué Tomonoura part toutes les vingt minutes et met une trentaine de minutes pour rejoindre la côte, par une route qui se resserre à mesure. On descend devant l’office de tourisme, au bord de l’eau, et non à l’arrêt suivant, qui porte presque le même nom.

L’auberge est à quelques pas du quai. Les bagages y attendent déjà, partis en avance par transporteur ; il n’y a rien à porter, et rien à caler de l’après-midi.

Alors on sort marcher. Tomonoura tient dans un mouchoir de poche : du quai aux temples de la hauteur, tout se fait en dix minutes. Les navires de la voile attendaient ici que la marée tourne : la mer intérieure change de sens deux fois par jour, et l’on ne remontait pas contre elle. La ville s’est construite sur cette attente, et elle en a gardé le rythme.

Le port de Tomonoura en plein jour, des barques de pêche amarrées dans une eau verte, les maisons du village et la colline boisée derrière
Le port depuis la digue. La lanterne de pierre se devine sur le quai d’en face

En fin de journée, le soleil passe derrière la colline et le quai devient l’endroit où tout le monde se retrouve. Puis le bain, et le dîner à l’auberge.

Jour 2 — La journée qu’on ne remplit pas

Rien n’est calé avant le milieu de la matinée. Les ruelles montent derrière le port : maisons de marchands devenues petits musées, un atelier de forge, les maisons de hōmeishu, quatre en tout, où l’on entre pour goûter et d’où l’on repart parfois avec une bouteille. Quelques marches plus haut, la véranda du Taichōrō, au temple Fukuzen-ji, ouvre d’un seul tenant sur la baie ; on s’assied sur les tatamis, face aux îles, et la visite dure le temps qu’elle dure. La salle servait de résidence aux envoyés coréens, et l’un d’eux y a laissé en 1711 la phrase que le temple accroche encore à ses poutres.

L’après-midi, deux directions, et l’on n’en prend qu’une. Vers le sud, vingt minutes de car, l’Abuto Kannon tient sur une falaise de quinze mètres qui plonge dans la mer : la salle est en avancée au-dessus de l’eau, laquée de vermillon depuis les années 1570. À l’intérieur, les murs disparaissent sous les ex-voto : des seins de tissu, cousus et suspendus par celles qui venaient demander un enfant, ou un accouchement sans histoire.

Une salle de temple vermillonne bâtie au sommet d’un rocher qui plonge dans la mer, une île boisée derrière
L’Abuto Kannon, au bout de la côte. Le rocher fait le socle, la mer commence en dessous

Ou bien la traversée jusqu’à Sensui-jima, l’île en face : cinq minutes de bac, des sentiers qui montent dans les pins, une plage de sable et personne dessus. Le bac fait la navette toutes les vingt minutes jusqu’à vingt-et-une heures trente, et l’on rentre quand on veut.

Vers dix-sept heures, les boutiques baissent le rideau et le village se vide de ses visiteurs de la journée. Ceux qui dorment ici récupèrent le port pour eux. C’est le meilleur moment, et c’est aussi pour cela qu’on reste deux nuits.

Jour 3 — Le port au travail, puis le car

Le matin appartient au port. Vers sept heures, les barques sortent ou rentrent selon ce que fait la marée, on décharge la glace sur le quai, et les chats attendent au bon endroit. On regarde de loin, sans déranger, un café à la main.

Ensuite, le temps de refaire une dernière fois le tour du bassin, de repasser à la boutique pour la bouteille qu’on n’avait pas prise, et le car de fin de matinée ramène à Fukuyama.

Nos adresses

Les deux nuits se passent dans la même auberge du vieux port, à quelques pas du quai : des maisons de dix chambres ou moins, souvent tenues en famille, avec des couloirs de bois qui craquent, pas d’ascenseur, et une vue sur la baie depuis les chambres de devant.

À table, c’est ce que la mer de Bingo envoie : la dorade, qui vient frayer dans la baie au début de l’été, du petit poisson grillé au sel, des poulpes. Le hōmeishu arrive à la fin, en petit verre. Nous retenons la chambre et les deux dîners à la réservation, et demandons une chambre côté port quand la maison en a, car ce sont les premières prises.

Temps de trajet

Tout passe par Fukuyama, sur la ligne du Sanyō, puis par un car de trente minutes. C’est un cul-de-sac : on ne traverse pas Tomonoura, on y va.

Trajet Durée
Kyoto → Fukuyama, shinkansen 1 h 30
Osaka → Fukuyama, shinkansen 1 h
Hiroshima → Fukuyama, shinkansen 25 min
Okayama → Fukuyama, shinkansen 20 min
Fukuyama → Tomonoura, car 30 min

Pour la suite. On reprend le shinkansen à Fukuyama. Vers l’ouest, Hiroshima est à 25 minutes, Miyajima 35 de plus, train et bac compris. Vers l’est, Okayama à 20 minutes, Naoshima un peu plus d’une heure encore, dont vingt minutes de traversée.

Bon à savoir

  • Tomonoura se fait entièrement à pied. Les ruelles du vieux centre sont trop étroites pour deux voitures, et se parcourent mieux sans plan : on finit toujours par retomber sur le port.
  • Tomonoura ferme tôt. Les boutiques baissent le rideau en fin d’après-midi et il n’y a pas de vie nocturne ; les dîners se prennent à l’auberge, et c’est très bien ainsi.
  • L’étape se tient à toutes les saisons. L’été est chaud et lourd sur la mer intérieure ; le printemps et l’automne sont les plus francs, et l’hiver y est doux et vide.
  • Se combine bien avec Naoshima, plus à l’est sur la même mer intérieure, ou avec Hiroshima & Miyajima, une heure plus à l’ouest.

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